14.11.2006
Une interview de Benoît Hamon
(Entretien paru dans le mensuel TOC n°24, novembre 2006)
Montebourg et Peillon, cadres historiques du Nouveau parti socialiste, ont rallié Ségolène Royal. Une stratégie fustigée par le plus jeune parlementaire PS, autre fondateur du courant prônant la rupture avec les institutions de la Ve République. Benoît Hamon soutient la candidature de Laurent Fabius.
Le Parti socialiste est-il en train de se recomposer ?
L'instabilité des courants est le produit des institutions de la Ve République. Mon courant a fait du rapport aux institutions de la Ve une des clés de compréhension de la crise de la démocratie française, et il dénonce depuis cinq ans la personnalisation du débat politique. Le NPS, qui produit des analyses, explose au moment de la désignation des candidats ! Tous ses leaders historiques, sauf moi, ont fait le choix d'une candidate qui propose la perpétuation du système, la démocratie participative en plus. Mais elle ne propose pas de rupture avec les institutions de la Ve.
Mais ce ne sont pourtant pas les institutions qui font exploser les courants.
Non, bien sûr. N'empêche que ce qui est frappant, c'est de voir à quel point les courants sont fragiles sur le socle politique et culturel qu'ils sont censés représenter.
Les courants n'incarnent pas, comme ils le faisaient historiquement, une pensée forte, alors même qu'ils la revendiquent....
Ils le prétendent, mais regardez le NPS : sur quelle base aujourd'hui se fondent Vincent Peillon et Arnaud Montebourg pour rejoindre Ségolène Royal ? Sur la base du renouvellement, de la rénovation. C'est-à-dire sur le plus petit dénominateur commun qui a été notre patrimoine politique et idéologique depuis cinq ans. Nous avons développé une analyse sur le rapport capital-travail, sur la question de la démocratie et des institutions. Et ce sur quoi aujourd'hui Arnaud et Vincent se positionnent, c'est sur le renouvellement du personnel politique, et pas du tout sur le renouvellement des analyses. Quand on écoute Ségolène Royal, il n'y a pas de renouvellement profond des analyses. Le vieux PS est mort et le nouveau va naître après l'élection de Ségolène Royal. C'est le pari qu'ils font.
Au lendemain de la présidentielle, si la gauche n'arrive pas à sortir un président, y aura-t-il un renouvellement du parti ?
Le problème ne vient pas tant des gens. Il faut voir sur quelles bases on fonde la prise de pouvoir au Parti socialiste. Pourquoi ceux qui ont perdu le 21 avril 2002 conservent-ils le pouvoir ? C'est à cause d'un fonctionnement monolithique du PS autour de quelques grosses fédérations.
Les clés du renouvellement sont toujours à peu près les mêmes. Peu importe les nouveaux adhérents. Ils viennent, c'est plutôt une bonne chose, mais l'équation est toujours à peu près la même. Ce que je constate depuis quatre ou cinq ans, c'est l'affaiblissement du centre du parti et le renforcement de sa périphérie, avec les fédérations et les baronnies.
Après les révoltes dans les quartiers dits difficiles, le CPE et le mouvement des stagiaires, on sent qu'une génération est en train de prendre les choses en mains. Les aînés ont-ils pris cette donnée en compte ? Je pensais que ce serait un thème de campagne...
Sans doute, mais il faudrait déjà arrêter de penser qu'il y a deux jeunesses. Je vois bien que ça va être un thème de campagne. Mais on va prendre la jeunesse sous l'angle des délinquants de banlieue qui tapent les flics. Si c'est l'angle à partir duquel on entre sur la question de la jeunesse, c'est-à-dire du potentiel délinquant de chaque jeune, comme ça a été le cas à la dernière élection présidentielle, eh bien, on a perdu l'élection. Ce qui me fascine, comme un sujet d'étude, c'est la façon dont la gauche, aujourd'hui, acquiesce parfois à la façon dont la droite plante le décor. La droite, les médias, toutes les forces de la conservation plantent un décor dans lequel le principal problème de la société française est : comment composer avec des générations de barbares qui sont aujourd'hui en train de foutre à feu et à sang la société ? C'est ce qu'ils disent, ce n'est pas ce que je pense. Évidemment, il y a des problèmes considérables, mais on ne peut pas, nous, ne pas aborder cette question. À côté des réponses de sécurité, il y a la question éducative qui est prioritaire, la question sociale qui est centrale, la capacité qu'on a aujourd'hui à dire qu'on va permettre aux gens de trouver leur place dans la société. Or, qu'est-ce que l'on retient aujourd'hui ? C'est la réponse sécuritaire.
Pour conclure, si vous pouviez donner les trois thèmes d'une campagne de gauche?
D'abord, la place de l'homme dans notre société, est-ce que ça me donne du pouvoir ou pas ? Comment, aujourd'hui, faire en sorte que dans la démocratie française, où que l'on soit, la parole soit prise en compte, au cours du vote en particulier. Je ne vois pas pourquoi la VIe République ne serait pas une question centrale du débat. Pourquoi pas maintenant, plutôt qu'après ?
Il y a aussi la question du travail. Chacun d'entre nous passe la moitié de sa vie à travailler, c'est donc la question des salaires qui se pose. Et puis, enfin, la question de l'éducation.
Propos recueillis par Arnauld Champremier-Trigano
13:45 Publié dans Ils soutiennent Laurent Fabius | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, Présidentielles2007, fabius, royal, montebourg



Commentaires
remarquable, le renouvellement des personnes et non des idées
Ecrit par : brigetoun ou brigitte celerier | 14.11.2006
Remarquable surtout l'alliance qui se dessine entre Benoit Hamon, Moglia et Karine Berger. Ils parient tous trois sur la défaite future pour, le croient-ils, récupérer les militants de NPS historique et se venger d'Arnaud le "traître".
c'est assez triste de constater que les apparatchiks finissent toujours par se retrouver pour de sales coups.
Quant à Benoit hamon, il n'est pas crédible pour défendre la 6ème, rappelons qu'il l'a vendue pour 3 francs 6 sous au Mans. j'espère que les "rénovateurs avec fabius" valent mieux que lui...
Ecrit par : Henri75 | 15.11.2006
Il est assez étonnant de voir que le message d'apaisement diffusé par Karine Berger, qui a parrainé Ségolène Royal, est interprété comme un "sale coup" d'"apparatchiks", alors qu'elle a simplement émis quelques doutes, et énoncé une évidence : Ségolène Royal ne porte pas toutes les propositions de RM. Rien d'étonnant, et rien de scandaleux, sinon elle serait déjà à RM.
Preuve s'il en était besoin, que la critique - si minime soit elle - n'est pas acceptée au sein du courant.
Ah... le zèle des nouveaux convertis.
Ecrit par : Laurent | 16.11.2006
Les commentaires sont fermés.